Qui oserait organiser un concert de rock, avec
un seuil de 10000 personnes, un lundi soir de juillet, dans une
petite cité de caractère de la côte sauvage
du Pays de Retz ? Les co-producteurs Alias et Radical ont pris
ce risque et n’ont pas été déçus.
Ce lundi 19 juillet 2004, sur le terrain des Loisirs des Moutiers
en Retz vous pouviez savourer le plateau suivant : les londoniens
de Mass, les parisiens de Silmarils et les très british
Muse !
Techniquement Muse est réputé pour
son talent tant au niveau de la qualité artistique, de
la virtuosité de l’interprétation que du spectacle
époustouflant qui les entoure. Des tonnes de lumières,
chargées d’effets de pointe, explosent littéralement
l’horizon. Le spectateur ébloui ne peut qu’être
projeté dans leur univers hypnotique. De nombreux systèmes
automatiques, des écrans à plasma ainsi que d’énormes
machines à fumer sont mises en décor pilotées
par un ingénieur de talent. Le son est optimal (malgré
une défaillance des enceintes de façade fournies
par une entreprise parisienne), fidèle à la qualité
du disque et doté du matériel utilisé en
studio. Ces prouesses techniques servent à merveille une
musique bien pensée, efficace, suffisamment intéressante
pour se détacher la tête haute de la soupe commerciale
internationale qui polluent les bacs des disquaires.
Muse est tout de même très inspiré
de ses prédécesseurs : à Queen ils ont volé
les envolées lyrique à tendance gothique, à
Divine Comedy ils ont emprunté le look gandy et surtout
on retrouve musicalement un parenté très nette avec
Radiohead, sans néanmoins le génie de ces précurseurs.
Mais ce manque d’originalité et cette monotonie sont
peut-être liés au très jeune âge des
musiciens de Muse qui n’atteindraient pas encore la trentaine.
Un groupe déjà très connu, très aimé
et qui devrait s’affiner avec les années.
Avant Muse, une sorte de parenthèse détonante
: Silmarils, un charabias néo métal se cherchant
une voix dans les méandres du « tube qui marche ».
Leur manque d’effort, de compétence et leur fadeur
ont empêché la greffe de prendre dans cette programmation
de qualité.
Difficile en effet de relever le défit
de succéder à Mass ! Ces londoniens trentenaires
nous ont gratifié d’une prestation énorme
dans la pure lignée d’un rock classique, bien roulé,
servit par une attitude punk légèrement glamour…
Bref, tout ce qu’il y a de plus en vogue, Silmarils avait
de quoi en prendre de la graine. Mass, néanmoins assure
son charme avec désinvolture, férocité et
naturel. Même en plein jour, ces amants de la nuit et de
la bière, n’ont laissé aucun répit
à leurs riffs acérés, à leurs rythmiques
furibondes. Les Sex Pistols ont dû se réincarner…
Car leur chanteuse au look de vieille routarde anglaise, à
la voix hargneuse, puissante et mélodique, nous aura rappelé
un certain énervé avec quelques épingles
à nourrice dans le nez, tout en émanant une délicieuse
arôme de soul music…
Une soirée éblouissante au sens
premier, quant à sa débauche de moyens techniques,
mais aussi quant à la virtuosité et aux talents
des groupes Mass et Muse. On déplore qu’une découverte
pertinente n’ait été proposé entre
les deux. Mais déjà avons nous un excellent groupe
à suivre : Mass, dont l’album est disponible chez
Barclay..